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Le Neolin s’offre une sixième corde
janv. 25, 2012

Bien que ce soit sympa de développer des instruments innovants à partir de mes idées, c’est encore mieux de travailler avec des musiciens exigeants sur des projets ambitieux. N’empêche que je n’étais pas rassuré quand Egon Egemann, violoniste suisse crossover (groupe Mad Manouch, entre autres) m’a téléphoné pour me demander si je pouvais réaliser un violon électroacoustique à 6 cordes avec 2 cordes graves, le do de l’alto et le fa en dessous. C’est ce qu’il s’était offert il y a quelques mois sous forme d’un violon électrique du fabricant américain Marc Wood. Bien que séduit par les possibilités (on couvre presque le registre du violoncelle jusqu’ au violon !), M. Egemann se sentait vite limité par le son peu naturel et peu vivant du violon solidbody.

Etant assez expérimenté en 5 cordes, à force d’en faire, j’avais connaissance de nombreuses difficultés et contraintes : Une caisse trop petite pour amplifier correctement les graves, des cordes graves trop courtes, donc trop épaisses et pas assez tendues, un équilibre sonore plus que délicat, une perte de puissance quant à une caisse de résonance « écrasée », qui doit soutenir une contrainte mécanique importante…

Heureusement, M. Egemann s’est laissé convaincre de partir plutôt sur un petit alto que sur un violon. Comme ça, je pouvais déjà grappiller quelques cm3 sur la caisse. Dans le même but, j’ai élargi le côté grave de façon encore plus prononcé que sur le Neolin, accentué davantage la hauteur d’éclisses côté grave, et « poussé » les éclisses presque au ras du bord, qui ne dépasse plus que d’un petit mm – encore 3 mm gagné sur les dimensions intérieures de la caisse ! En même temps, il fallait assurer une belle corde de mi, ni aigre, ni criarde, ni plate. Donc le côté droite de l’instrument se rapproche davantage des dimensions d’un violon.

Pour résister, sans faire dans du béton armé, j’ai augmenté les épaisseurs d’environ 20 % par rapport au Neolin, avec les barrettes de renfort sur la table qui ont déjà fait leurs preuves, aussi en ce qui concerne la spontanéité de la réponse. Le bois d’harmonie utilisé, coupé en 1977, étant aussi léger que rigide, m’a permis de rester dans un poids tout à fait raisonnable.

Autre grand problème : La longueur vibrante des cordes. Une corde de mi, déjà la plus tendue sur le violon, 3 cm plus longue aurait été affreuse et n’aurait probablement pas fait long feu de toute façon. A l’opposé, une corde de fa de seulement  36 cm de longueur vibrante aurait été soit trop grosse, soit trop flasque.

L’idée avancée par M. Egemann, de faire comme sur son violon électrique et de mettre le chevalet de biais, ne m’a pas enchanté au début. Ca ne s’est jamais vu sur un violon ! Même moi, j’ai mes limites ! Et puis : Comment placer l’âme, avec l’extrémité droite du chevalet qui monte de 1 cm ?

Souvent, il s’avère indispensable de dépasser ses craintes pour avancer. Alors je l’ai fait. Le seul problème qui persistait avec un chevalet de presque 2 cm de biais, était la justesse des quintes. Mais après de longs essais, nous avons trouvé une combinaison de cordes qui est juste, qui sonne, et qui répond bien. Que veut le peuple ?

Un grand merci à Egon Egemann, qui a bien voulu m’offrir sa confiance et commander un instrument que je lui avais au départ présenté comme un bon compromis entre les possibilités qu’offrent les graves et un son correct, mais à jouer surtout en amplifié.

En fait, je m’étais trompé.

M. Egemann a fait le long voyage de Suisse et nous avons finalisé l’instrument ensemble, croisant ses retours d’expériences en tant que musicien, sa sensibilité, et mon savoir-faire technique.

Ainsi, le Neolin version 6 cordes est aujourd’hui un instrument à part entière, même purement acoustique ! Ecoutez les enregistrements (bientôt disponibles) pour découvrir le résultat d’un pari osé, réussi !

Ecoutez plutôt: